J’avais eu l’info par Dick, alors que je sirotais un double whisky chez la grosse Lulu. Accoudé au comptoir, c’est là que je l’ai vue pour la première fois, dans un imper beige, qui s’ouvrait au décolleté sur une poitrine voluptueuse, épousait les courbes parfaites de ses hanches, et se fendait à la cuisse sur une jarretelle qui retenait le bas résille. J’ai tout de suite su que ça collerait entre nous. Lola qu’elle se faisait appeler. Une vraie chienne.
Mais revenons à notre affaire. On m’avait mandaté pour aller prendre des clichés d’un endroit dont on n’avait plus entendu parler depuis longtemps. Depuis ces soirées presque dix ans auparavant où de gros pontes avaient été impliqués. J’vous parle là du numéro un de l’Institut à l’époque, que tout le monde appelait Phil D, sans doute un pseudonyme, et Don Bertacchini, qui fait encore parler de lui de nos jours.
Ils avaient embarqué là de jeunes étudiants. Des bons p’tits gars, ces étudiants. Ils aimaient l’alcool et les femmes. On se serait bien compris.
Bref il fallait que je me rende sur place, que j’aille faire une reconnaissance des lieux.
On the way ... to the grenouillet
Après avoir suivi la route principale, je bifurquai sur la gauche, un petit chemin. M’étant assuré que personne ne m’avait suivi, j’éteignis mes phares et longeai les vignes. Ces cépages ne m’étaient pas inconnus... Mais c’est bien sûr ! Je les avais vus sur un cliché de Phil !! J’étais sur la bonne voie.
Je finis par me garer à quelques pas des bâtisses, bien en vue, pour pas qu’on remarque que j’essayais de me cacher. Les clés de ma Ford Sedan en poche, je m’avançais de quelques mètres. Ce lieu semblait inhabité.
Ma Sedan, camouflée pour l’occasion
J’ai oublié de vous parler de Bobby.
C’était un brave gamin. Il écrivait pour un canard local et m’avait contacté pour pondre une nouvelle. Il voulait s’inspirer du métier pour se mettre dans la peau de gars comme moi qu’il avait dit. J’avais accepté qu’il m’accompagne sur cette affaire. Si ça devait tourner court, je l’aurai remercié. Pas qu’il se prenne une balle perdue, le p’tit. Les risques du métier.
Un cliché de Bobby au Grenouillet
Bobby emboîta mon pas.
A mesure qu’on avançait vers le bâtiment, je pouvais le sentir se mettre en éveil. Il essayait de tout remarquer, d’enregistrer chaque image, chaque mouvement que je faisais. C’est lui qui découvrit la plaque qui allait être la confirmation que nous étions au bon endroit.
Place d’Henri
Restait à savoir ce qui s’était passé ici. Il ne restait aucun indice des fêtes passées. Rien. Plus une bouteille, plus de vomi, pas même un cubi... Ce lieu était désert. Comme mort.
La ferme du Grenouillet...déserte
Et puis c’est là que je l’ai vu. La tempe blanche, le ventre gonflé trahissant qu’il était bon vivant. J’avais vu des clichés de lui, je l’ai reconnu de suite. Il avait vieilli, certes, mais c’était bien lui. C’était Henri, le propriétaire des lieux. Il nous raconta que les temps avaient changé, que son domaine n’était plus aussi prospère... Henri s’était rangé.
Un Truc, Henri et Bobby
Après quelques heures où il me conta ses déboires depuis ce temps, je décidai de reprendre ma Sedan et de quitter ces lieux. J’étais retourné sur le site, avais retrouvé Henri. Mon enquête s’achevait là. Il ne me restait qu’à retrouver quelques clichés que des étudiants auraient pris et je pourrais boucler le dossier...
Les lieux d’une beuverie d’anthologie