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Jeux vidéo : la « French touch » en mauvaise posture

mardi 8 octobre 2002

Malgré la croissance du marché, les éditeurs français de jeux vidéo sont à la peine. Ils ont perdu la confiance des investisseurs et sont en situation financière délicate. Pourtant, ils sont les seuls à résister aux éditeurs américains et japonais.

Alors que le jeu vidéo est à nouveau entré dans un cycle de croissance dû au lancement conjoint, en 2001, des nouvelles générations de consoles Xbox de Microsoft, Gamecube de Nintendo et PS2 de Sony, les éditeurs français, pourtant bien placés sur l’échiquier mondial du secteur, ont perdu la confiance des investisseurs et se trouvent aujourd’hui dans une situation financière délicate.

INFOGRAMES FAIT PEUR AUX INVESTISSEURS

Tandis que, aux Etats-Unis, Electronic Arts, numéro un mondial du jeu vidéo, ou Activision parviennent à maintenir leurs cours sur le Nasdaq (respectivement + 7 et – 2 % depuis le 1er janvier), le lyonnais Infogrames, leader européen du secteur, a déçu les investisseurs, lors de l’annonce des résultats de son exercice 2001-2002, le 19 septembre. Pour la troisième année consécutive, et malgré un chiffre d’affaires en hausse de 14 %, à 770 millions d’euros, l’entreprise accuse de lourdes pertes (près de 80 millions d’euros). Pour expliquer ces résultats, Xavier Courtois, analyste financier chez ETC Research, avance "l’achat de sociétés américaines -Hasbro Interactive et GT Interactive-" accompagné "d’efforts de restructurations très coûteux et un choix trop exclusif pour la Xbox", qui, malheureusement pour Infogrames, ne décolle que lentement en Europe (plus de 100 000 exemplaires vendus en France selon des sources industrielles, contre 200 000 pour la GameCube et 1,5 million pour la PS2).

Mais c’est surtout le niveau d’endettement de l’entreprise (536,7 millions d’euros) qui a ému. "Infogrames s’est financée à l’aide d’obligations convertibles, qui, compte tenu de la chute des cours, se sont transformées en dettes, remboursables en 2004 (125 millions d’euros) et 2005 (309 millions d’euros). L’entreprise doit très rapidement prouver qu’elle peut dégager des liquidités pour honorer ses engagements à temps", assure un analyste financier. Infogrames a perdu 90 % de sa valeur en Bourse depuis le 1er janvier. Pour répondre à la pression du marché, la société s’apprête à officialiser des réductions d’effectifs en France (lire page 18). Bruno Bonnell, PDG de l’entreprise, assume ses choix stratégiques, notamment le développement coûteux aux Etats-Unis, mais voit dans l’effondrement du cours en Bourse de sa société "un phénomène exogène", conséquence directe "du krach boursier que personne ne veut encore nommer comme tel" et du "désamour pour l’ensemble des valeurs technologiques", qui ne ferait pas de distinction entre une start-up et Infogrames.

L’ÉDITION FRANÇAISE MAL EN POINT

Mais ce sont toutes les valeurs françaises du secteur qui ont, au pire, disparu du paysage, au mieux, complètement perdu pied en Bourse. Le bordelais Kalisto a été placé en liquidation judiciaire en avril. Il est à craindre que Cryo, qui s’est déclaré en cessation de paiements cet été, ne prenne le même chemin. Quant à Titus Interactive, seul "un rachat par un autre acteur du secteur", selon M. Courtois, pourrait sauver la société (qui présente une action à 50 centimes d’euros, soit – 85 % par rapport au 1er janvier). Reste Ubi Soft (369 millions d’euros de chiffre d’affaires au cours de l’exercice 2001-2002), qui réussit encore à recueillir des opinions favorables, malgré un chiffre d’affaires en net repli au premier trimestre de l’exercice 2002-2003 (– 46 % par rapport à 2001).

LES VENTES DE NOËL SERONT DÉTERMINANTES

Condition de la survie pour les éditeurs français : ne pas rater les ventes de fin d’année, qui représentent environ 40 % du chiffre d’affaires annuel du secteur, évalué en 2002 à 31 milliards d’euros dans le monde. Impact de la nouvelle génération de consoles oblige, plus de 400 titres sont attendus d’ici à décembre. La concurrence pourrait être acharnée, et le risque d’invendus sérieux, surtout si la consommation des ménages ne suit pas. Les analystes restent confiants pour Ubi Soft, qui pourrait redresser la barre grâce notamment à "Splinter Cell", élu meilleur titre à l’ECTS, grand Salon européen du secteur. Infogrames, avec "Unreal Tournament", aura en revanche peut-être du mal à lutter contre les "Super Mario Sunshine" de Nintendo ou "Harry Potter", "Le Seigneur des anneaux" et "James Bond" du rouleau compresseur Electronic Arts.

Cécile Ducourtieux et Guillaume Fraissard.


Voir en ligne : LE MONDE INTERACTIF | 02.10.02 | 17h46

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