Bien sur, afin de ne pas salir l’image de nos maistres à penser, nous avons choisi de ne pas citer nommément notre invité.
Ce mois-ci nous avons invité celui que nous appellerons Marcel Barocas (pseudonyme ridicule choisi avec finesse pour tromper tout risque de vilenie diffamatoire et conspuatrice).
Nous avons aussi souhaité brouiller les photos de notre invité dans le but charitable de lui éviter les quolibets du voisinage au moment de descendre les poubelles.
"Marcel Barocas"
Photo habilement anonymisée de notre professeur invité.
Notre soirée s’annonce bien. Marcel est à l’heure à la sortie de la prison de Draguignan (il a pris 3 ans de probatoire pour détournement d’élève) et a même prévu quelques grignoteries apéritives.
ApériChiard
Eh les mecs !
J’ai pris parfum jambon et bleue d’auvergne !
Accueilli à bras ouvert par le maitre de maison, notre hôte s’installe confortablement et commence son récit ...
"Vous savez les jeunes, l’IUT c’était une chance pour vous mais surtout, c’était la dernière chance de travailler pour les profs que vous aviez. Entre les alcooliques et les boulémiques à tendance crème fouetté, SéRéCom c’était plutôt la cour des miracles ..." nous annonce t-il tristement alors qu’il entame son premier ApériChiard.
J’aime bien ceux au jambon ; Et py y sont bien craquants à l’intérieur.
"BôôÔÔÔôôArp...". Marcel étouffe discrètement un renvoi mélodieux tout en crachant les os dans la gueule de son voisin de table.
"Et puis, le directeur, c’était une teigne ! Il venait de faire 10 ans au centre Pénitencio-Universitaire de Toulon pour escroquerie ... Une histoire louche de méthode Ossad à la Polytechnic School of London ...".
Nous sentons les tressaillements de terreur envahir cet homme à la mémoire des évènements terribles qu’il a du subir tandis qu’il se fait servir un peu d’eau claire pour dégager un fragment d’os coincé dans la luette.
"Il reste encore des trucs à grignoter ?!"
Cette voix résonne comme un appel au secours pour cet homme exsangue et brisé par la tyrannie de l’éducation nationale et la haine maladive de ses confrères toujours à la traine tandis que lui emballe toute les minettes.
J’peux prendre le dernier aux olives ?
"C’est bon ces trucs, mais j’ai encore un peu faim moi ..." dit-il en lorgnant de gauche à droite pour dénicher quelques friandises à têter...
...
Et c’est sans prévenir qu’il s’est jeté sur sa voisine (que nous appellerons Armelle pour ne pas faire de contre publicité aux Etablissements Faure).
Oh mon Dieu, c’est horrible !
Elle est comme terrassée par cette frénésie linguale. Les autres convives restent, eux, impuissants et observent médusés ce spectacle imprévu qui s’offre à leur vue alors qu’on aurait du les faire payer mais ils perdent rien pour attendre les salauds
Marcel, moi aussi je met la langue ...
La pauvre petite se remet difficlement de son émoi ...
"Ah ben t’es là toi ?!" Une frèle jeune fille vient de pénétrer dans notre intimité (c’est une image). C’est l’assistante du service de psycho-gériatrie, nous explique t-elle. "Il s’est échappé ce matin et on le cherche partout depuis."
"Tu as été sage au moins ?!" gronde t-elle notre Marcel".
"Maintenant, il faut y aller ... Faut encore que je le douche, le talque et lui chante sa berceuse sinon il fait la foire toute la nuit".
Et c’est ainsi que nous quittons "Marcel", la larme à l’oeil et la bave aux lèvres, non sans lui avoir montré une dernière fois notre infinie reconnaissance d’être ce qu’il est tout en sachant bien cacher l’autre qu’il n’est pas vraiment mais des fois un peu quand même...