Je fut surpris de découvrir à nouveau le même monsieur quelques années plus tard. Bien que son costume fut légèrement différent, des nombreux points communs étaient identifiables : tels que la fleur à la boutonnière ou bien le caractère futile et rocambolesque des expériences décrites.
Ce monsieur, par soucis d’équité envers les autres messieurs qui racontaient aussi n’importe quoi dans le poste, ne s’octroyait qu’une minute (largement suffisante mais au combien nécessaire) d’antenne pour livrer aux téléspectateurs attentifs les conclusions de ses recherches.
Puis le monsieur disparu de l’antenne et le temps continua sa course pour m’amener quelques années plus tard, à l’âge où le petit robinet cesse d’être un objet aussi bizarre qu’inutile pour devenir un joyeux accessoire de gaudrioles allongées sous la couette parce que l’hiver est rude, à l’instar du robinet cité précédemment mais ça doit être à cause du gel bien qu’il ne gèle que rarement sous ma couette.
Je me sentais, malgré les galipettes sus-citées, infiniment seul et attristé de la disparition si subite de ce monsieur Cyclomachin qui aurait pu m’expliquer scientifiquement pourquoi la zizette devient dure alors qu’il ne gèle pas sous ma couette.
Et puis, miracle.
Le monsieur réapparu.
Non pas sous la forme télévisuelle qu’il avait pris précédemment, mais sur la couverture d’un livre brillant de mille feux derrière la vitrine d’un libraire où j’avais pris l’habitude d’acheter les fournitures essentielles du lycéen studieux et lèche-cul que j’étais et qui est devenu au fil du temps un étudiant pompe-burnes, puis un employé fayot et vénal, adhérant à l’UMP et viscérablement pro-sarkozy. Bref, une merde.
Ce fut, au fil du temps, toute une série de livres rigolos à souhait, où l’auteur faisant preuve de génie, dosait à merveille une habileté d’écriture peu commune et une facilité déconcertante pour être grossier sans pour autant devenir vulgaire.
Arrrrrrrg !
Dans ses ouvrages, le monsieur que j’appellerai maintenant Desproges, car c’est bien son nom... Desproges donc, cite à plusieurs reprises l’œuvre d’un certain Vialatte qui aurait écrit, lui aussi, des choses futiles et rocambolesques, mais à une époque où je n’étais finalement qu’une étincelle dans l’œil de mon Père.
Et Vialatte par-ci et Vialatte par-là.... Mais qui fut donc ce Vialatte qui inspira si fortement Desproges qu’il fit de ses œuvres ses livres de chevet (information tirée de l’excellente biographie de Desproges écrite par M. Dominique Chabrol et éditée par Flammarion. 15€. prix public conseillé).
Et bien je viens de découvrir Vialatte, ou plutôt M. Alexandre Vialatte.
Par l’entremise de la FNAC qui cachait en son sein, perdus entre l’œuvre complète de Vian et celle, incomplète, de Verlaine, ces petits bijoux de livres qui, sans ajouter de tournures aussi inutiles que malhabiles dans une prose qui se voudrait celle des trois auteurs cités ici, sont tout simplement beaux.
Finalement, voici le pourquoi de ce petit mot... A ceux qui pleurent Desproges et sa verve assassine, à ceux qui aiment les bons bouquins, à ceux qui vomissent les études dichotomiques des vers de Baudelaire ou de Verlaine ou des autres aussi, à ceux qui aiment à feuilleter le dico parce qu’on y trouve des mots aussi rigolos que " ondinisme " ou " in partibus " ou bien encore " avocaillon ", enfin à tous ceux qui, dans l’internet connecté au cédéraumes multimédias, maltraitent le mot en le raccourcissant ou en l’anglicisant parce que ça fait chier d’écrire les mots en entier et que je m’en fous du moment que tout le monde me comprend, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture des bouquins d’Alexandre Vialatte.
A commencer par " Chroniques des grands micmacs ", édité en livre de poche par Pocket et donc le prix est tellement dérisoire que mon cheval en rigole encore.
Chronique des Grands Micmacs
Etonnant, non ?